
Ce mode de transport emprunté par tous, est devenu incontournable dans la cité économique et constitue un véritable vivier d’emplois où s’engouffre presque tout le monde. Jeunes et moins jeunes.
1- Un mode de transport incontournable
Le Cardinal Christian Tumi sur un «benskin». Cela parait invraisemblable. Mais il se raconte à Douala que le cardinal lors d’un de ses voyages en Europe avait du faire recours au fameux «benskin». Coincé dans les embouteillages, il n’avait pas d’autre choix que d’emprunter un mototaxi pour rattraper son vol à l’aéroport international de Douala. Cette histoire aussi anecdotique qu’elle puisse paraître traduit tout simplement l’importance des mototaxis dans le transport urbain dans la cité économique. En effet, il est difficile de se passer du «benskin» en ce moment à Douala. Vu la recrudescence des embouteillages et la demande en terme de transport urbain de plus en plus supérieure à l’offre. Pour se rendre à leur lieu de service, certains citadins font très souvent recours aux mototaxis. « Généralement je prends la moto le matin pour me rendre au travail quand je sens que je serais en retard, avec tous les risques que cela comporte. Mais quand je sors un peu plus tôt je prends le taxi parce que c’est plus confortable et sécurisé. Mais il faut avouer que ce n’est pas évident vu les embouteillages qui bloquent la circulation en ce moment dans la ville» affirme Yves Ngassa. Les habitants du lieu dit Papass dans la banlieue de Pk 14 ne peuvent accéder à leur quartier que par moto. Les taxis n’osent pas s’aventurier dans cette zone de poussière et de boue, selon la saison. Le «benskin» présente un certain nombre d’avantages. Sa mobilité, sa rapidité, sa capacité à se frayer le chemin même dans les pires bouchons ne sont pas négligeables. Ce qui n’est pas du goût d’autres usagers de la route qui estiment que les mototaxis sont à l’origine des afflictions des habitants de la ville. Accidents, saleté, incivisme, impertinence, imprudence caractérisent la plupart des « débrouillards » de ce secteur. A tort ou à raison, on accuse les mototaxis d’être à l’origine de la recrudescence des accidents de la circulation dans la ville. D’ailleurs, tout un pavillon a été consacré aux victimes des accidents de moto à l’hôpital Laquintinie de Douala. Pour Roger, chauffeur de taxi « c’est vrai que nos recettes ont pris un sérieux coup, mais on est obligé de les accepter parce qu’ils se débrouillent aussi, donc je n’ai rien contre eux. Sauf qu’ils créent beaucoup de tort en route. Ils ne respectent pas les feux de signalisations. Insolents, ils se croient tout permis. On leur demande tout simplement d’être un peu ordonnés.» Cet excès de zèle, de nombreux usagers s’en plaignent. Notamment de leur ignorance et du non respect du code de la route. En plus, malgré l’existence des textes, un conducteur de mototaxi sur deux ne disposerait pas d’un permis de conduire encore moins des autres pièces exigibles.
2- Une organisation s’impose
Autant les motos facilitent la mobilité des usagers, autant ils apparaissent comme une bouée de sauvetage pour les chercheurs d’emplois. Aujourd’hui on y retrouve tout le monde. Jeunes, moins jeunes s’y adonnent. jean-Claude Tienteu, la soixantaine sonnée est père de huit enfants. Licencié d’une société de la place, il doit la survie de sa famille à la moto, activité qu’il exerce depuis 2005. Célestin Kafo, (Chercheur-Géographe à l’Institut national de cartographie, Cameroun), dans un article intitulé « l’intégration des mototaxis dans le transport public au Cameroun ou l’informel à la remorque de l’Etat : une solution d’avenir au problème de la mobilité et de l’emploi » décrypte les conditions d’avènement des motos dans la société. Au Cameroun comme dans beaucoup d’autres pays d’Afrique subsaharienne principalement dans les villes comme Douala, Yaoundé, Bafoussam, Dschang, Bamenda etc, l’avènement des mototaxis a bénéficié des conditions somme toute particulières : la situation socio – politique des années 1990 ponctuée par les « villes mortes », la fermeture des entreprises de transport urbain telles que la Société de Transport urbain du Cameroun (Sotuc) à Douala et à Yaoundé, la recrudescence du chômage suite au gel des recrutements et concours administratifs, la dégradation des voiries urbaines (des nids de poules sur les axes de communication), rendant inaccessibles plusieurs quartiers aux taxis de ville, l’entrée sur le marché camerounais de nouvelles marques de motos d’origine asiatique, flexibles et vendues au prix relativement bas par rapport aux marques précédentes, la multiplication des usines locales de montage, de vente de motos et des pièces détachées. A ce jour, de nombreux jeunes exercent cette activité. Notamment ceux venant des zones rurales, venus «se chercher» en ville. Quelques jours d’apprentissage dans le « sous quartier » suffisent pour se mettre en route. Et bonjour les dégâts. Aujourd’hui, c’est par centaines de milliers qu’on estime le nombre de moto à Douala. Selon certains conducteurs de ces engins, ce surnombre contribue plutôt à plomber l’activité. Les recettes ont considérablement régressé. L’offre est plus forte que la demande. « Le benskin fait plus de mal aux jeunes qu’il ne leur rend service, affirme Jean-Claude. Parce que beaucoup de jeunes ne veulent plus rien apprendre, ils n’ont aucune formation professionnelle. Ils se contentent des petits sous qu’ils gagnent là à l’immédiat. Il y aura un moment où le Cameroun manquera de main d’œuvre parce que tous les jeunes sont sur la moto » soutient-il. Les autorités des motos se répercutent également dans l’arrière-pays. Dans les zones rurales, les jeunes abandonnent les activités agro-pastorales pour le transport par moto-taxi qui, à leurs yeux, est plus rentable. Ce qui est illusoire. Surtout au moment où le gouvernement entend développer l’agriculture de 3è génération en comptant sur les jeunes. Véritable quadrature du cercle.
Blanchard Bihel


